Preah Kanh 24


Passage de la frontière terrestre Thaïlande - Cambodge

Le 18 décembre, on décolle. Nous prenons deux jours pour rejoindre notre prochaine étape par la route. Un bus nous emmène de Sakon à Mahasarakam puis un autre jusqu'à Surin, d'où nous rejoignons la frontière cambodgienne le lendemain. Nous traversons la frontière sans nous laisser faire : visa payant, arnaque en vue ! D'après ce que nous avons lu sur internet, le visa coûte 30$ par personne. Le gars derrière son guichet vitré nous demande de payer en bahts thaïlandais (et fait alors payer plus cher), je dis non, on a que dollars. « C'est 35 dollars alors ». « Non, c'est 30 ». Il ne moufte pas et cède devant ma détermination. Nous payons 60 dollars à nous deux et pas un centime de plus. De l'autre côté de la frontière, nous mettons en quête de la station de bus. Des chauffeurs de taxis nous hèlent de tous côtés alors que nous marchons. « Where do you go ? », « you go Siem Reap ? », « 700 baht », « 1000 baht », « very cheap », « good price for you ! ». Imperturbables, nous marchons. C'est sans compté sur les ratés de Mappy, notre logiciel de géolocalisation dur smartphone, qui nous indique une station de bus à 4 km de la frontière qui n'existe pas en vrai. Obligés de faire demi-tour, c'est reparti pour 4 km dans l'autre sens, avec le soleil en face cette fois. Les locaux ne semble pas très enclin à nous aider et plutôt disposés à nous déplumés. Quand nous demandons où trouver le bus pour Siem Reap, on nous propose de nous emmener en voiture pour une somme faramineuse. Le touriste paie apparement bien dans le coin. De retour à la frontière, nous découvrons la ''station de transport''. Un groupe d'homme avec des carnets de tickets se tient assis derrière une petite table. Ils ne parlent évidemment pas anglais et tout est écrit en Khmer. « bus Siem Reap ? » « yes, taxi ». « bus », répèté-je en montrant le dessin d'un bus sur mon pointing book. Les seules réponses que j'obtiens sont « non » et « taxi », qu'ils répètent en boucle jusqu'à me faire craquer. Nous sommes finalement obligés de prendre un des fameux « taxi » jusqu'à Siem Reap. Un des hommes appelle le ''chauffeur'', un type lambda dans une voiture lambda bien content de se faire une telle commission. Leur langage se diversifie alors soudain : pour parler argent, là il savent faire. Je négocie notre trajet pour un tiers du prix proposé – maintenant, je ne me laisse plus faire.

Nous arrivons deux heures plus tard à Siem Reap. Le chauffeur veut nous déposer à l'entrée de la ville ; j'insiste pour qu'il nous conduise au centre – au prix de la course, il peut bien faire quelques kilomètres de plus. Le conducteur n'ayant pas assez de change sur mon gros billet, je lui donne les petites coupures de baht et dollars qu'il nous reste. La quantité de billet le satisfait et nous nous en sortons pour encore moins cher que prévu. On n'aura pas tout perdu !

Nous allons poser nos sacs et retrouvons à nouveau Éloïse qui passe, elle, son dernier jour à Siem Reap. Alors que nous dînons ensemble et elle nous livre tous ses bons conseils pour visiter les coins.

Premier jour à Siem Reap, découverte de la ville et préparation de notre visite d'Angkor.

Nous comprenons vite qu'une visite des temples d'Angkor se prépare à l'avance. La superficie du site, la quantité de touristes et les prix exorbitants nécessitent un peu de recherche préalable si on veut passer un bon moment. Nous consacrons donc notre première journée cambodgienne à l'organisation des jours suivants.

L'hiver bat son plein sous les tropiques et il fait terriblement froid. Aux 30°C de la journée auxquels nous sommes maintenant habitués répondent des 15°C venteux qui nous font grelotter la nuit. La plupart des hôtels n'étant absolument pas équipés pour ces conditions climatiques, nous passons notre première nuit enroulés dans le sac de couchage de Yannick.

Après avoir changé de guesthouse pour une chambre un peu mieux isolée, nous partons à la découverte de Siem Reap.
Chose étonnante au Cambodge, on paye en dollars américains aussi bien qu'en riel, la monnaie locale. Les prix dans les magasins sont affichés en dollars, on retire des dollars aux distributeurs de billets… Toutefois, seuls les billets circulent ; ainsi lorsque vous payez un montant à virgule, on vous rendra la monnaie en riel, voir un peu de chaque, avec une conversion plus ou moins approximative. Beaucoup de vendeurs locaux profitent de cette confusion pour augmenter les prix pour les touristes, et la pratique n'est pas le propre de Siem Reap. Si le système semble très embrouillé, on finit par s'habituer et convertir de tête très rapidement.

En bonne ville touristique, Siem Reap regorge de marchés immenses à tous les coins de rues, ouverts de jour comme de nuit, où les commerçants vendent tous les mêmes souvenirs pour touristes. Les vendeurs y sont particulièrement réactifs et vous hèlent à plusieurs mètres de distance par des « siiiiiire, madaaaaam, you want somethiiiiing » insistants. Pas la peine d'essayer d’être discret ou de passer sans regarder, vous vous déplacerez toujours dans une cacophonie de sollicitations. Il en va de même dans les rues du centre, où les chauffeurs de tuk-tuk veulent tous savoir « where you go ? You want tuk-tuk ? Today ? Tomorrow ? », (où allez-vous, aujourd'hui, demain, vous avez besoin d'un tuk-tuk ?). L'apogée du boucan reste certainement Pub Street, littéralement la rue des pubs, toute illuminée, bruyante, aux prix prohibitifs et quasi-exclusivement fréquentée par les Occidentaux. C'est aussi le meilleur endroit pour aller négocier son tuk-tuk, vous pouvez être sûr qu'on vous sautera dessus dans la seconde. La concurrence est rude pour les chauffeur et vous pourrez en profiter pour négocier à bon prix votre petite virée.

Une fois notre parcours tracé, nous allons le soir y dégoter notre tuk-tuk pour le lendemain. Le site d'Angkor est à 10 km de la ville et les parcours font eux aussi plusieurs dizaines de kilomètres de distance. Préférant ne pas conduire dans les rues encombrées de Siem Reap, nous optons pour l'une de ces calèches contemporaines et négocions pour 15€ notre balade du lendemain.

pub street jour        Pub Street nuit

 

Deuxième jour, la grande boucle d'Angkor.

Le 21 décembre, nous nous levons avant l'aube et retrouvons notre tuk-tuk à 6h30. Il fait vraiment froid ce matin et l'heure de route sans bouger dans un véhicule ouvert aux quatre vent nous congèle littéralement. Le temps de vider notre porte-feuille à l'entrée du site pour acheter deux « pass 3 jours » (128€ à deux, ça fait mal au budget, mais que voulez-vous, la légende se payent à prix fort), nous sommes à 7h30 pétantes devant notre premier temple, évitant ainsi les armées de tours organisés.

Les mythiques temples d'Angkor valent effectivement le détour, cachés au milieu de la forêt, leurs splendides ruines colonisées par les arbres, la mousse et les lianes, qui les magnifient autant qu'ils les détruisent. On s'imprègne de leur atmosphère d'un autre temps dans la fraîcheur de la jungle qui s'éveille sous les rayons du soleil déjà brûlant. Entre les briques et les éboulis, on aperçoit parfois les restes des sculptures murales qui recouvraient jadis l'intégralité des façades, témoins de la magnificence d'antan et de la mégalomanie des souverains successifs de l'empire Khmer.
La nature y depuis longtemps repris ses droits et dévore peu à peu les restes de la puissante civilisation aujourd'hui réduite à néant, comme pour nous rappeler que même les plus grands empires sont finalement peu de chose face à elle.

Preah Kanh de son doux nom, est presque désert à cette heure, nous découvrons en paix son immensité et ses vieilles pierres au son des oiseaux matinaux.

Preah Kanh 1L'entrée de Preah Kanh, le débur de la découverte...

Preah Kanh 26
Nous parcourons ses dédales de couloirs et de portes...

Preah Kanh 14...observons ses freques murales délicatement sculptées...

Preah Kanh 2... pour arriver à sa porte sud, superbement conservée.

On continue la visite dans notre carrosse des temps modernes par Ta Som, un petit bout de ruine avec tout de même une belle porte ornée d'un arbre qui lui a poussé dessus.

Ta Som 1
D'un côté...

Ta Som 5
...de l'autre.

Puis on enchaïne East Mebon, aux remparts ornés d'éléphants, Pre Rup, tout en hauteur, pour finir par Ta Promh, célèbre à cause des arbres qui l'ont envahi de leurs imposantes racines et qui a notamment servi de décor au film Tomb Raider.

East MebonUn petit bout d'East Mebon.

Pre Rup
Le grand Pre Rup.

Ta Promh 1

Ta Promh et ses arbres.

Ta Promh 4

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Tous les temples sont beaux et intéressant, chacun à leur manière. Ils sont pour la plupart bien conservés et le fait de pouvoir les explorer sous toutes les coutures rend la visite encore plus passionnante. Toutefois, on n'apprend pas grand-chose si on ne se paye pas les services d'un guide car il n'y a aucun document explicatif disponible nul part. On s'est dit qu'on se rattrapera avec un bon documentaire d'Arte et qu'on se contenterait d'en prendre plein les yeux.

Partis tôt, nous évitons les Chinois, le cauchemar de tout touriste non-Chinois (c'est pas très gentil mais c'est vrai) et terminons notre première journée de visite à midi. Nous sommes vidés, la têtes pleine de belles images et les jambes en compote à force d'escalader ruines et marches et de se faire secouer dans le tuk-tuk.

Il nous reste trois jours à Siem Reap, et beaucoup de merveilles à découvrir...